Il existe des villes où la peinture s'écaille dans des teintes pastel, où la musique flotte depuis les balcons comme si le temps lui-même était réticent à avancer. À La Havane, des voitures vintage roulent sous un soleil tropical, et la mer scintille avec la promesse d'une arrivée. Pourtant, derrière ce calme de carte postale, une autre courant se déplace — moins visible, plus contraignant. C'est la pression silencieuse de la géopolitique qui pèse sur le souffle fragile du tourisme.
Ces dernières années, l'industrie du voyage à Cuba a lutté sous le cadre de sanctions américaines de plus en plus strictes, des politiques qui se répercutent à travers les Caraïbes. Les restrictions, renforcées et parfois étendues sous des administrations successives, ont limité les catégories de voyage, les transactions financières et les opérations de croisières. Pour une île dont l'économie repose lourdement sur les visiteurs, l'effet a été palpable.
Avant que de nouvelles contraintes ne prennent effet, les voyageurs américains avaient commencé à revenir en nombre notable, curieux d'un pays longtemps encadré par la distance et la diplomatie. Les maisons d'hôtes boutique se multipliaient, les restaurants privés prospéraient, et les entrepreneurs locaux trouvaient un optimisme prudent dans l'arrivée régulière de clients étrangers. Mais à mesure que les barrières réglementaires se durcissaient — y compris les limitations sur les navires de croisière américains et les flux financiers — cet optimisme s'est amenuisé. Les compagnies aériennes ont réduit leurs itinéraires, les terminaux de croisière se sont calmés, et les taux d'occupation des hôtels ont diminué.
Le gouvernement cubain a décrit ces mesures comme un étranglement économique, arguant que les restrictions compliquent l'accès à la monnaie, aux fournitures et à la banque internationale. Les responsables américains, pour leur part, présentent les sanctions comme des outils conçus pour exercer une pression en faveur du changement politique et aborder les préoccupations en matière de droits de l'homme. Entre ces positions se trouve la réalité vécue des travailleurs dans les hôtels, des chauffeurs de taxi naviguant dans des rues étroites, et des artisans arrangeant leurs créations pour moins de passants.
Pour aggraver ces pressions, la pandémie mondiale a porté un coup sans précédent au tourisme mondial. Même si les frontières se sont rouvertes, la reprise à Cuba a été plus lente que dans certaines destinations voisines. Les tensions sur les infrastructures, les pénuries de carburant et l'inflation ont ajouté un poids supplémentaire. Les voyageurs internationaux d'Europe et du Canada continuent de visiter, mais l'absence d'un large tourisme américain — autrefois considéré comme une bouée de sauvetage potentielle — reste significative.
Dans les conversations avec des analystes et des économistes, un thème récurrent émerge : le tourisme à Cuba existe à l'intersection de la politique et de la perception. Les avis de voyage, les règles de transaction financière et les signaux diplomatiques façonnent non seulement les chiffres sur les tableaux d'arrivée mais aussi la confiance des investisseurs et des visiteurs. L'attrait de l'île — sa culture, sa musique, son architecture et son littoral — reste intact. Ce qui change, c'est le cadre à travers lequel les voyageurs peuvent y accéder.
Pour l'instant, le secteur s'adapte où il le peut. Les autorités cubaines cherchent de nouveaux marchés et promeuvent des offres touristiques diversifiées, allant de l'éco-tourisme aux circuits patrimoniaux. Les propriétaires d'entreprises privées ajustent les prix, les services et les partenariats dans l'espoir de stabilité. L'horizon reste incertain, façonné par des décisions prises bien au-delà du mur de la mer du Malecón.
Selon les derniers rapports, les sanctions américaines restent en place, et aucun retournement de politique majeur n'a été formellement annoncé. Les chiffres du tourisme continuent de refléter une reprise progressive mais inégale. Que les saisons à venir apportent un soulagement ou une contrainte continue dépend largement des développements diplomatiques qui restent à se dérouler.
À La Havane, la musique continue de jouer au crépuscule. Mais derrière le rythme, l'industrie écoute attentivement les signaux portés par les vents politiques.
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Sources : Reuters BBC News The New York Times Al Jazeera Le Monde

