L'intelligence artificielle ne se manifeste que rarement. Elle arrive discrètement, intégrée dans des flux et des systèmes, façonnant ce que les gens voient, lisent et décident bien avant que sa présence ne soit nommée. La gouvernance, lorsqu'elle arrive, a tendance à suivre lentement—souvent après que les conséquences se soient déjà installées dans la vie quotidienne. C'est dans cette conversation retardée que les Nations Unies invitent maintenant de nouvelles voix.
Parmi ceux qui ont été nommés à son nouveau panel sur l'intelligence artificielle figurent une lauréate philippine du prix Nobel de la paix et un pionnier canadien de l'IA moderne—des figures dont les carrières se sont déroulées aux extrémités opposées du spectre numérique, mais qui tournent de plus en plus autour des mêmes questions de pouvoir, de responsabilité et de contrôle.
Maria Ressa, une journaliste dont le travail s'est centré sur la liberté de la presse, la désinformation et la résilience démocratique, apporte au panel une perspective façonnée par une confrontation vécue avec l'amplification algorithmique. Son reportage a longtemps retracé comment les plateformes numériques peuvent déformer la vérité, accélérer l'indignation et placer les journalistes dans le collimateur d'abus en ligne coordonnés. Pour Ressa, l'IA n'est pas un outil abstrait mais un environnement—un environnement qui réécrit discrètement la façon dont les sociétés comprennent la réalité.
À ses côtés se trouve Yoshua Bengio, un informaticien canadien dont les recherches fondamentales ont contribué à construire les systèmes d'apprentissage profond qui alimentent aujourd'hui une grande partie du boom de l'IA. Son travail a permis aux machines de mieux reconnaître les motifs, le langage et les images. Ces dernières années, il est également devenu l'une des voix les plus en vue du domaine appelant à la prudence, soulignant la nécessité d'alignement, de sécurité et de retenue éthique à mesure que les systèmes deviennent plus puissants.
Leur inclusion reflète l'intention des Nations Unies d'élargir le prisme à travers lequel l'IA est examinée. Plutôt que de se concentrer uniquement sur la capacité technique, le panel est conçu pour considérer comment l'intelligence artificielle s'entrecroise avec les droits de l'homme, la gouvernance, le travail, les écosystèmes d'information et l'inégalité mondiale. Les membres servent de manière indépendante, chargés de conseiller sur les risques et les opportunités qui s'étendent au-delà de tout pays ou secteur unique.
Leur association est instructive. Une carrière a été construite sur l'exposition des échecs des systèmes d'information envers les gens. L'autre a aidé à concevoir les systèmes maintenant sous scrutiny. Ensemble, ils représentent un changement dans la façon dont la gouvernance de l'IA est imaginée—non pas comme un débat détenu uniquement par des ingénieurs, mais comme une responsabilité partagée s'étendant sur des disciplines et des expériences vécues.
Le timing n'est pas accidentel. Alors que les systèmes d'IA s'intègrent plus rapidement dans la vie publique, les gouvernements peinent à suivre le rythme. Les réglementations sont à la traîne de l'innovation. Les normes restent fragmentées. Pendant ce temps, les décisions prises dans le code influencent de plus en plus les élections, l'éducation, les soins de santé et même la parole. Le panel de l'ONU existe dans cette tension, tentant de créer de la cohérence là où il n'en existe pas encore.
Cependant, les organes consultatifs ne rédigent pas de lois. Leur influence est plus discrète, plus lente et plus facile à négliger. Ils façonnent le langage avant de façonner la politique. Ils définissent ce qui compte comme un risque, ce qui mérite de l'attention, et quelles voix sont considérées comme légitimes dans les discussions mondiales.
En ce sens, les nominations importent moins pour ce qu'elles changeront immédiatement que pour ce qu'elles signalent. La gouvernance de l'IA n'est plus uniquement considérée comme un défi technique. C'est un défi social, un défi politique, un défi humain. Et l'avenir des systèmes intelligents peut dépendre autant de ceux qui comprennent le pouvoir et la vérité que de ceux qui comprennent le code.
Avertissement sur les images IA
Les visuels sont générés par IA et servent de représentations conceptuelles.
Sources
Nations Unies Reuters Associated Press Nature MIT Technology Review

