Dans les salles feutrées où la loi et la vie quotidienne se rencontrent, certains mots portent le poids des siècles — ils persistent, non dits mais prescriptifs, façonnant ce que nous pensons exister même lorsque les livres de lois ne les ont jamais écrits. Telle était la notion de « devoir conjugal » en France : une phrase chuchotée dans les tribunaux et les salons, suggérant une attente non écrite entre époux. Par une fraîche soirée de janvier à Paris, l'Assemblée nationale a décidé de dissoudre cette ombre d'obligation, choisissant la clarté à l'ambiguïté et réaffirmant une simple vérité : le consentement ne connaît pas de frontière matrimoniale.
La chambre où se rassemblent les députés, autrefois animée par le débat, résonnait aujourd'hui d'une rare unanimité. Avec plus de 120 députés de tous bords politiques unis, les législateurs ont voté pour clarifier que le mariage en France n'impose aucune exigence légale pour que les époux s'engagent dans des relations sexuelles. Cette réforme, intégrée dans le Code civil par un amendement soigneusement rédigé, marque un changement silencieux mais profond dans la manière dont la loi reconnaît l'autonomie personnelle au sein de l'union. C'est un pas qui aligne la lettre de la loi française avec la réalité vécue — que le consentement n'est pas suspendu par des vœux ou des cérémonies mais reste une condition humaine fondamentale.
Bien que l'expression « devoir conjugal » n'ait jamais figuré explicitement dans le Code civil français — qui énumère déjà seulement quatre devoirs matrimoniaux : fidélité, soutien, assistance et communauté de vie — sa persistance dans l'interprétation juridique lui conférait autrefois une force fantomatique. Les juges traitaient parfois la cohabitation partagée comme si elle incluait intrinsèquement une intimité partagée, satisfaisant une attente dépassée selon laquelle le mariage garantissait une obligation sexuelle. Un arrêt marquant de la Cour européenne des droits de l'homme en janvier 2025 a contesté cette vision archaïque, renforçant que l'autonomie corporelle et le consentement ne peuvent être éclipsés par la tradition ou l'assumption judiciaire.
L'amendement stipule désormais de manière définitive que la cohabitation ne crée aucune obligation de relations sexuelles entre époux. Il vise non seulement à corriger un malentendu juridique mais aussi à renforcer les protections contre le viol conjugal et à supprimer les motifs précédemment invoqués dans les divorces pour faute. S'il est adopté par le Sénat dans les mois à venir — comme l'espèrent ses partisans — la loi pourrait être promulguée avant l'été 2026, offrant une clarté qui a longtemps été attendue.
Pour beaucoup, ce moment résonne au-delà des textes juridiques. Il reflète l'évolution des attitudes envers la liberté personnelle, le respect mutuel et l'essence des relations dans la société moderne. En détachant le consentement de la tradition, l'acte de l'Assemblée sert de rappel que la loi non seulement enregistre les normes sociétales mais peut aussi les aider à se façonner — doucement, de manière réfléchie, et avec un œil sur l'égalité.
Avertissement sur les images AI Les images de cet article sont des illustrations générées par IA, destinées uniquement à des fins conceptuelles.
Sources Euronews RTS Info France24 RFI UNN / nouvelles internationales

