Dans le réseau complexe de la politique européenne, la notion de « hégémon » a longtemps été un sujet de débat. À travers l'histoire, l'Europe a vu de grandes puissances s'élever et tomber : de l'Empire romain à la France napoléonienne, de l'Empire britannique à l'Allemagne des deux guerres mondiales. L'idée même d'hégémonie en Europe — domination non seulement en force militaire, mais aussi en influence économique et politique — a été façonnée par des siècles de compétition, de guerre et d'alliances. Aujourd'hui, cependant, à une époque marquée par des alliances changeantes et des défis mondiaux, la question se pose : qui, au XXIe siècle, sera le prochain hégémon de l'Europe ?
Pendant une grande partie de l'ère post-Guerre froide, le paysage politique européen était dominé par l'Union européenne et ses deux plus grands membres : l'Allemagne et la France. L'Allemagne, avec son économie puissante et sa position centrale, était considérée comme le moteur de la politique de l'UE. La France, avec sa riche tradition diplomatique et sa puissance militaire, était la voix dominante sur les questions de sécurité et de défense. Ensemble, ces nations ont navigué dans l'expansion de l'UE, créé une monnaie commune et s'équilibré en termes d'influence. Cependant, la scène mondiale n'est plus la même, et l'Europe se trouve à un carrefour.
Ces dernières années, le départ du Royaume-Uni de l'UE — le Brexit — a laissé un vide significatif dans le leadership européen. Ce vide a conduit beaucoup à se demander si un pays, ou un groupe de pays, émergera comme la nouvelle force dominante. L'Allemagne, longtemps considérée comme la puissance économique de l'Europe, fait face à ses propres défis. Bien qu'elle soit la plus grande économie d'Europe, elle doit également faire face à une population vieillissante, à des crises énergétiques et à une dépendance excessive à l'égard des partenariats commerciaux externes — notamment avec la Chine. De plus, le leadership allemand a parfois été accusé d'être trop prudent, ce qui a conduit à des frustrations parmi les alliés européens qui souhaitent une action plus décisive sur des questions telles que la défense, le changement climatique et l'expansion de l'UE.
Cela nous amène à la France. Sous la présidence d'Emmanuel Macron, la France a cherché à reprendre sa place en tant que leader politique et diplomatique de l'Europe. La vision de Macron pour l'Europe inclut une plus grande autonomie stratégique par rapport aux États-Unis, en particulier sur les questions de défense. Il a appelé à la création d'une armée européenne, plaidant pour l'autosuffisance militaire à une époque où le rôle de l'OTAN et la relation transatlantique ont été remis en question. En plus de sa forte position politique, la France a montré une approche plus agressive en poussant pour des réformes dans l'UE, notamment en ce qui concerne la politique migratoire et la gouvernance économique.
Cependant, les ambitions de la France pourraient être tempérées par ses propres problèmes internes, notamment les troubles sociaux et les inégalités économiques. Autant que Macron puisse souhaiter mener l'Europe vers une nouvelle ère, il fait face à des obstacles dans sa politique intérieure et pour obtenir un consensus parmi les autres membres de l'UE.
Pourtant, un troisième prétendant au leadership européen a commencé à faire des vagues : la Pologne. Puissance montante en Europe centrale, la Pologne a défié à la fois Moscou et Bruxelles dans sa quête d'une plus grande souveraineté nationale et d'indépendance. À la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la Pologne s'est affirmée comme un fervent défenseur de la souveraineté ukrainienne et un critique vocal de la Russie. Son influence croissante, notamment en Europe de l'Est, a suscité des interrogations à Bruxelles. Cependant, le style de leadership de la Pologne est souvent perçu comme plus populiste et moins enclin à s'aligner sur les valeurs traditionnelles de compromis et de prise de décision collective de l'UE. Néanmoins, l'importance stratégique de la Pologne, combinée à son influence économique croissante, pourrait la positionner comme un acteur essentiel dans l'avenir de l'Europe.
Le défi pour l'Europe, alors, n'est pas seulement de savoir qui va diriger — mais comment le leadership sera structuré. L'Europe va-t-elle revenir au modèle de leadership dual avec l'Allemagne et la France à la tête ? La vision de Macron d'une Europe plus autonome et indépendante deviendra-t-elle réalité ? Ou la montée des puissances d'Europe centrale comme la Pologne remettra-t-elle en question la domination traditionnelle de l'Europe occidentale et introduira-t-elle une nouvelle configuration géopolitique au sein de l'UE ?
Dans ce paysage multipolaire, la réponse pourrait ne pas être si simple. L'hégémonie, dans un contexte européen moderne, pourrait prendre une forme différente : un leadership collectif plutôt qu'une domination par une nation. L'UE elle-même — avec ses valeurs profondément ancrées de coopération et de consensus — pourrait évoluer vers une forme d'hégémonie plus distribuée où l'influence est partagée, mais aucune nation ne peut revendiquer un contrôle total.
En fin de compte, le leadership futur de l'Europe dépendra de la manière dont ces puissances naviguent dans l'équilibre délicat entre ambition nationale, coopération régionale et compétition mondiale. Alors que le monde observe, la question demeure : qui sera vraiment le prochain hégémon de l'Europe — et le titre de « leader » comptera-t-il même dans un continent qui prospère grâce à la collaboration plutôt qu'à la compétition ?
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Sources (uniquement des médias d'information) The Guardian BBC News New York Times Politico Foreign Affairs

