Il existe des accords qui se terminent par des discours, et d'autres qui expirent simplement, comme la lumière qui s'estompe d'un long après-midi. Le dernier grand traité de contrôle des armes nucléaires entre les États-Unis et la Russie est passé à l'histoire de cette manière—sans cérémonie, sans signatures, et sans un sentiment d'arrivée. Sa fin n'a été marquée que par le tournant d'une page de calendrier.
Pendant des décennies, ces traités avaient agi comme une architecture silencieuse sous la sécurité mondiale. Nés des angoisses de la guerre froide, ils étaient conçus pour imposer des plafonds sur des arsenaux capables d'effacer des villes, pour ralentir le rythme de la rivalité en transformant la méfiance en mesure et en vérification. Les inspections, les échanges de données et les limites mutuelles formaient un langage de retenue, parlé même lorsque les relations ailleurs tombaient dans le silence.
Le dernier accord, le New START, plafonnait les ogives nucléaires stratégiques déployées et les systèmes de livraison, offrant un dernier fil de continuité entre Washington et Moscou. Son expiration laisse désormais sans limites contraignantes les deux plus grands stocks nucléaires du monde pour la première fois depuis le début des années 1970. Ce moment est moins explosif que symbolique—un amincissement des règles plutôt qu'une ruée soudaine vers le réarmement—mais les symboles ont une manière de façonner le comportement.
Cette fin arrive au milieu d'une diplomatie tendue et d'une rhétorique durcie, les deux nations modernisant leurs forces nucléaires et remettant en question la valeur des cadres hérités. Les efforts pour négocier un traité successeur ont stagné alors que la confiance s'érodait, les inspections étaient suspendues et le dialogue se réduisait. Ce qui nécessitait autrefois une négociation minutieuse peine maintenant à trouver une table.
Au-delà des chiffres et des clauses se cache une perte plus subtile : l'habitude de parler. Le contrôle des armements n'a jamais été seulement une question d'ogives ; il s'agissait de prévisibilité, de savoir à peu près où l'autre se tenait. Alors que cette habitude s'estompe, l'incertitude s'étend, remplissant l'espace où des limites existaient autrefois.
L'expiration ne mandate pas l'escalade, ni ne garantit l'effondrement. Mais elle clôt un chapitre écrit sur un demi-siècle, lorsque les rivaux acceptaient que même l'hostilité nécessitait des frontières. Le monde observe maintenant un horizon plus calme et plus ambigu, où la retenue doit être réimaginée—ou risquer d'être complètement oubliée.
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Sources Reuters Associated Press Council on Foreign Relations Brookings Institution Arms Control Association

