À Téhéran, la journée commence souvent par des couches de sons : le trafic se mêlant aux appels à la prière, les radios murmurant des titres, des conversations s'interrompant en plein milieu d'une phrase. Le pouvoir ici ne se déplace pas en lignes droites. Il circule, se chevauche, fait des pauses. Comme la chaleur piégée entre les bâtiments, elle monte de manière inégale, façonnée autant par la proximité que par l'autorité. De l'extérieur, l'État peut sembler solide, voire immuable. De l'intérieur, il est agité, divisé et en perpétuelle négociation avec lui-même.
La diplomatie iranienne porte depuis longtemps l'empreinte de ce mouvement interne. Alors que les déclarations officielles s'expriment dans des tons unifiés, la machine qui les sous-tend tourne dans des directions concurrentes. Les élus, les autorités cléricales, les institutions militaires et les conseils consultatifs opèrent dans des sphères parallèles, chacune avec son propre mandat et son propre public. Lorsque les négociations s'ouvrent avec le monde—sur les limites nucléaires, la sécurité régionale ou les sanctions économiques—ces divisions internes entrent discrètement dans la pièce également.
Au cours des deux dernières décennies, des moments de possibilité diplomatique ont émergé à plusieurs reprises, pour ensuite s'amincir et s'évanouir. Les équipes de négociation ont avancé prudemment vers un compromis, parfois en obtenant des accords préliminaires, pour découvrir que leur position était contestée chez elles. Les critiques publiques des factions rivales, les retournements de politique brusques ou les messages contradictoires ont souvent suivi. Ce qui apparaît à l'étranger comme de l'incohérence est, sur le plan national, une lutte familière sur qui a le droit de définir la posture et les priorités de l'Iran.
L'accord nucléaire du milieu des années 2010 reste l'illustration la plus claire. Négocié à travers des années de détails techniques et de risques politiques, il reflétait la conviction d'une faction selon laquelle le soulagement économique et la réintégration mondiale valaient les contraintes imposées. Pourtant, même au moment de sa signature, la résistance s'est durcie. Les critiques l'ont présenté comme une reddition plutôt que comme une stratégie, tandis que des centres de pouvoir parallèles ont limité sa mise en œuvre et sapé sa légitimité politique. Lorsque la pression extérieure s'est intensifiée par la suite, le consensus interne s'est révélé trop fragile pour absorber le choc.
Ce schéma s'étend au-delà de la diplomatie nucléaire. Les discussions régionales, les échanges de prisonniers et les négociations indirectes avec les États occidentaux ont tous traversé les mêmes corridors étroits. Les diplomates s'expriment avec précaution, conscients que chaque concession peut être contestée non seulement par des homologues étrangers mais aussi par des rivaux domestiques attendant d'interpréter une faiblesse. Le résultat est un style de négociation marqué par la prudence et la réversibilité, où les progrès sont souvent provisoires et la confiance difficile à maintenir.
Pour les Iraniens ordinaires, ces luttes internes se manifestent moins comme une idéologie que comme une conséquence. Les sanctions persistent, les devises fluctuent, les opportunités se réduisent. Le blocage diplomatique devient une partie de la vie quotidienne, façonnant les prix, les voyages et les attentes. Alors que les factions se disputent les récits de résistance ou d'engagement, les coûts se diffusent silencieusement à travers les ménages et les entreprises, rarement revendiqués par un seul décideur.
Pourtant, les luttes internes ne sont pas statiques. Les changements générationnels, la pression économique et les évolutions régionales continuent de tester l'équilibre des pouvoirs au sein du système. De nouvelles voix émergent, tandis que d'anciennes institutions s'adaptent sans céder complètement de terrain. La diplomatie, dans ce contexte, devient moins une voie unique qu'une voie tressée—des fils avançant et reculant à des vitesses différentes.
Alors que la nuit s'installe sur la ville et que les lumières s'allument dans les ministères et les immeubles d'appartements, la question reste sans réponse. L'engagement de l'Iran avec le monde dépend non seulement des choix de politique étrangère, mais aussi de la capacité de ses acteurs internes à s'aligner suffisamment longtemps pour les soutenir. D'ici là, la diplomatie continuera d'avancer dans de brèves éclaircies, puis de s'arrêter à nouveau, prise dans les courants croisés d'un État encore en train de négocier avec lui-même.
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Sources Groupe de crise international Conseil des relations étrangères Institution Brookings Fondation Carnegie pour la paix internationale Conseil de sécurité des Nations Unies

