Le soir arrive à La Havane avec une hésitation familière. Le ciel s'assombrit en indigo, l'air se rafraîchit légèrement, et pendant un moment, la ville retient son souffle, attendant de voir si la lumière suivra l'obscurité — ou si l'obscurité restera simplement.
À travers Cuba, les coupures de courant prolongées sont devenues une caractéristique déterminante de la vie quotidienne. Des quartiers entiers plongent dans l'obscurité pendant des heures, parfois sans avertissement, parfois selon un emploi du temps qui change d'une semaine à l'autre. Le rythme des routines ordinaires se plie autour de l'incertitude de l'électricité.
Dans les cuisines, les repas sont planifiés autour de ce qui peut être cuit rapidement. Dans les hôpitaux et les cliniques, des générateurs sont prêts, rationnés et surveillés. Dans les foyers, les ventilateurs se taisent, les réfrigérateurs se réchauffent, et les téléphones portables sont conservés comme de petits liens lumineux.
L'infrastructure électrique vieillissante de Cuba, éprouvée par des décennies de sous-investissement et un accès limité aux pièces de rechange, a du mal à répondre à la demande. Les pannes dans les grandes centrales thermiques, les pénuries de carburant et les défaillances techniques se sont accumulées dans un système fonctionnant près de ses limites.
Les responsables reconnaissent la gravité de la crise. Ils décrivent un réseau fragile alourdi par un équipement obsolète et contraint par des pressions économiques qui restreignent les importations de carburant et de composants. Les efforts pour réparer les installations et ajouter des capacités renouvelables se poursuivent, mais les progrès sont lents et inégaux.
Les coupures se déroulent dans un contexte de tensions renouvelées entre La Havane et Washington.
Les autorités cubaines soutiennent que les sanctions américaines de longue date ont considérablement réduit la capacité du pays à acheter du carburant, à accéder au financement et à effectuer des transactions internationales. Les responsables américains maintiennent que les sanctions visent des entités gouvernementales et des préoccupations en matière de droits de l'homme, et non les besoins humanitaires.
Entre ces positions se trouve une population naviguant dans les conséquences en temps réel.
Les petites entreprises ferment tôt ou pas du tout. Les transports publics sont à l'arrêt. Les étudiants tentent de faire leurs devoirs à la lumière des bougies. Les conversations dérivent, inévitablement, vers l'électricité — quand elle est partie, quand elle pourrait revenir, combien de temps le carburant du générateur durera.
Ces dernières semaines, des manifestations éparses et des expressions publiques de frustration ont émergé dans certaines communautés, reflétant la pression que les pénuries prolongées exercent sur des conditions de vie déjà difficiles. Les autorités ont répondu par un mélange d'appels à la patience et d'avertissements contre le désordre.
Cuba a déjà fait face à des crises énergétiques. Le souvenir de la "Période spéciale" dans les années 1990, après l'effondrement de l'Union soviétique, reste encore présent dans la conscience collective — une époque où les coupures de courant, la rareté et l'improvisation définissaient la survie quotidienne.
Pour de nombreux Cubains, les coupures d'aujourd'hui ravivent ces échos.
Pourtant, l'endurance reste une partie du caractère national. Les voisins partagent des rallonges. Les familles mettent en commun de la glace. Les radios fonctionnent sur batteries. La vie s'adapte, comme elle l'a fait tant de fois auparavant.
Pourtant, l'adaptation n'efface pas la fatigue.
Plus l'obscurité dure, plus elle se fait pesante.
Les responsables affirment que des améliorations progressives sont attendues à mesure que les réparations se mettent en ligne et que les livraisons de carburant arrivent, bien qu'ils mettent en garde que la stabilité restera fragile à court terme.
Aucune annonce unique ne promet un retour immédiat à une alimentation électrique fiable.
Aucun interrupteur n'attend d'être actionné pour tout résoudre d'un coup.
Alors que la nuit s'installe à nouveau, des bougies apparaissent dans les fenêtres. Les téléphones brillent faiblement dans les mains. La ville expire et s'installe dans une autre soirée incertaine.
Cuba attend.
Pour l'électricité.
Pour le soulagement.
Pour une lumière qui semble à la fois littérale et symbolique.

