Depuis des décennies, la posture de sécurité de l'Europe repose sur une hypothèse silencieuse : peu importe à quel point la politique mondiale devient turbulente, les États-Unis resteraient le soutien ultime de l'ordre international qu'ils ont contribué à créer. Un nouveau rapport publié avant une conférence clé sur la défense européenne soutient que cette hypothèse ne peut plus être considérée comme acquise — et que l'Europe doit désormais être prête à s'opposer non seulement à ses rivaux, mais aussi à Washington lui-même.
Le rapport avertit que le président Donald Trump et ce qu'il appelle son groupe d'"hommes de démolition" sont en train de démanteler activement le système d'alliances, de règles et d'institutions d'après la Seconde Guerre mondiale qui ont soutenu la sécurité européenne pendant des générations. Plutôt que de réformer un ordre tendu, soutiennent les auteurs, la politique américaine accélère son érosion par le biais d'une diplomatie transactionnelle, d'engagements imprévisibles et d'un scepticisme ouvert envers la coopération multilatérale.
Au cœur de la critique se trouve un changement dans la manière dont le pouvoir est exercé. Alors que les administrations américaines précédentes considéraient les alliances comme des atouts stratégiques, le rapport indique que l'approche de Trump les considère comme des passifs à moins qu'elles ne produisent des retours immédiats. Les tarifs sur les alliés, les garanties de sécurité conditionnelles et le soutien fluctuant à l'Ukraine sont cités comme des preuves d'une vision du monde qui privilégie le levier sur la confiance.
Pour les experts en sécurité européens, le danger ne réside pas dans une seule décision politique, mais dans l'effet cumulatif. Un ordre construit sur des décennies peut être affaibli rapidement si son garant est perçu comme peu fiable. Le rapport soutient que cette incertitude encourage les adversaires, fragmente la coordination entre alliés et force les États européens à adopter des positions réactives plutôt que stratégiques.
Les auteurs s'arrêtent avant d'appeler à une rupture avec Washington. Au lieu de cela, ils exhortent l'Europe à adopter une position plus ferme et plus confiante — une position qui traite la relation transatlantique comme un partenariat d'égaux plutôt que comme une dépendance. Cela signifie investir plus sérieusement dans les capacités de défense, coordonner la planification industrielle et militaire, et être prêt à résister à la pression américaine lorsque les intérêts de sécurité européens divergent.
Les responsables américains ont rejeté la caractérisation des politiques de Trump comme destructrices, insistant sur le fait que les appels à un partage plus équitable du fardeau visent à renforcer, et non à affaiblir, l'alliance. Du point de vue de Washington, le malaise de l'Europe reflète des ajustements tardifs plutôt qu'un abandon.
Mais le rapport soutient que l'intention compte moins que la perception. Si les alliés commencent à douter de la solidité des engagements, la dissuasion s'affaiblit. En ce sens, les auteurs suggèrent que l'impact le plus dommageable de la "politique de démolition" est psychologique : elle remplace la prévisibilité par le calcul, et la solidarité par la prudence.
Alors que les dirigeants européens se rassemblent pour débattre de la défense et de la stratégie, le message du rapport est clair. L'ordre mondial dans lequel l'Europe a grandi ne peut plus être préservé par l'habitude ou l'histoire. S'opposer à Trump et à ses "hommes de démolition", conclut-il, ne signifie pas confrontation pour le plaisir de la confrontation — mais reconnaître que la stabilité nécessite désormais que l'Europe agisse, et non qu'elle attende.

