Il existe des endroits sur Terre où le temps semble s'arrêter. Dans les paysages du Grand Nord de l'Arctique, d'immenses couches de sol gelé—connues sous le nom de permafrost—ont préservé le passé avec une patience remarquable. Dans ces voûtes glacées se trouvent des fragments d'écosystèmes anciens : du pollen de forêts disparues, des os d'animaux éteints depuis longtemps, et parfois quelque chose de bien plus petit mais de plus mystérieux.
Pendant des milliers d'années, le froid a agi comme un gardien attentif.
Cependant, alors que les températures mondiales augmentent et que l'Arctique se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète, cet archive gelée commence lentement à s'ouvrir. Des couches de permafrost qui restaient autrefois solidement verrouillées toute l'année s'assouplissent et dégèlent, révélant des matériaux qui n'ont pas rencontré la lumière du soleil ou l'air frais depuis l'ère glaciaire.
Parmi les découvertes émergentes de ce dégel figurent des microorganismes anciens—des bactéries et des virus que les scientifiques disent avoir pu rester en dormance pendant des dizaines de milliers d'années.
Ces dernières années, des chercheurs étudiant des échantillons de sol arctique ont réussi à revivre plusieurs virus anciens préservés dans le sol gelé. Certains de ces microbes ont été estimés à près de 48 000 ans, ce qui en fait parmi les plus anciens virus jamais remis en activité dans des conditions de laboratoire. Les scientifiques impliqués dans ces travaux ont déclaré avoir été surpris par la manière dont ces organismes ont survécu après de si longues périodes.
L'explication réside en partie dans les qualités uniques du permafrost lui-même.
Contrairement au sol typique, le permafrost peut rester gelé en continu pendant des siècles ou des millénaires. Dans ce grand froid, le matériel biologique se décompose très lentement. Sans chaleur ni oxygène pour provoquer des réactions chimiques, les microbes peuvent rester suspendus dans un état qui ressemble à la dormance plutôt qu'à la mort.
Cependant, lorsque le dégel se produit, ces conditions changent.
L'humidité revient, les températures augmentent, et les microorganismes qui étaient autrefois inertes peuvent retrouver leur activité. Dans des environnements de laboratoire, les chercheurs ont déjà montré que certains virus réanimés sont capables d'infecter des organismes unicellulaires. Ces expériences sont menées avec soin dans des conditions contrôlées, conçues pour comprendre combien de temps les microbes peuvent survivre dans des environnements gelés.
Les résultats ont incité les scientifiques à envisager des implications plus larges.
L'Arctique contient d'immenses étendues de permafrost—couvrant des millions de kilomètres carrés à travers le Canada du Nord, l'Alaska, la Sibérie et le Groenland. Alors que le changement climatique accélère le réchauffement dans ces régions, on s'attend à ce qu'une plus grande partie de ce sol gelé dégèle dans les décennies à venir.
La plupart des microorganismes libérés durant ce processus ne sont pas susceptibles de représenter une menace pour les humains. Beaucoup seront des microbes environnementaux inoffensifs, et d'autres peuvent ne plus être capables d'infecter des organismes modernes. Néanmoins, les chercheurs affirment que la possibilité d'émergence de pathogènes inconnus ne peut pas être totalement écartée.
L'histoire fournit des rappels occasionnels de ce potentiel. En 2016, une épidémie d'anthrax en Sibérie a été liée au dégel du permafrost qui a exposé la carcasse d'un renne infecté des décennies plus tôt. Cet événement a illustré comment le sol gelé peut préserver le matériel biologique pendant de longues périodes.
Les scientifiques soulignent que la recherche actuelle concerne principalement la compréhension de ces risques plutôt que la prévision d'un danger immédiat. En étudiant des microbes anciens dans des environnements contrôlés, les chercheurs espèrent en apprendre davantage sur la manière dont les pathogènes évoluent, survivent à des conditions extrêmes et interagissent avec les écosystèmes modernes.
En même temps, ce travail offre un aperçu du lointain passé biologique de la Terre.
Chaque couche de sol gelé peut contenir des traces microscopiques de vies oubliées depuis longtemps—des organismes qui existaient durant des climats préhistoriques et des paysages anciens. Alors que l'Arctique se réchauffe, ces archives cachées deviennent progressivement accessibles à la science.
Pour l'instant, la découverte de microbes anciens émergeant du permafrost en dégel reste un domaine d'observation attentive. Les chercheurs continuent de surveiller les environnements arctiques et d'analyser des échantillons de sols gelés, cherchant à comprendre ce qui pourrait encore être préservé sous la glace.
L'avertissement que les scientifiques offrent est mesuré plutôt que dramatique : l'Arctique est en train de changer, et avec ce changement vient la libération de matériaux qui ont été scellés pendant des milliers d'années. Comprendre ces changements, disent-ils, sera essentiel alors que la planète entre dans un avenir plus chaud.
Avertissement sur les images AI Les visuels sont créés avec des outils d'IA et ne sont pas de vraies photographies.
Sources référencées dans le reportage : CNN The Guardian Nature ScienceAlert BBC

