À Ouagadougou, la journée s'écoule comme elle l'a toujours fait. Les motos se faufilent à travers le trafic, les étals du marché s'ouvrent au soleil, et l'air porte ce mélange familier de poussière et de diesel. Pourtant, sous ce rythme ordinaire, quelque chose d'essentiel a changé. Un système qui donnait autrefois forme à la désaccord public — bruyant, imparfait et vivant — a été replié par décret, laissant derrière lui un paysage politique plus calme dont les contours sont encore en train de se dessiner.
Les autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso ont annoncé une interdiction générale de tous les partis politiques, dissolvant formellement leur existence légale et interdisant leurs activités à l'échelle nationale. La décision, émise par la junte dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, supprime le cadre légal qui permettait aux partis de s'organiser, de faire campagne et d'opérer, mettant ainsi fin à la vie politique multipartite dans le pays pour un avenir prévisible. Les responsables ont présenté cette mesure comme faisant partie d'un effort plus large pour restructurer la gouvernance et restaurer l'unité au milieu d'une insécurité persistante et d'une pression nationale.
Pendant des années, les partis politiques ont formé un écosystème dense et souvent chaotique. Plus d'une centaine d'organisations — certaines enracinées dans des mouvements locaux, d'autres nationales dans leurs ambitions — ont rivalisé pour la pertinence dans un pays naviguant entre coups d'État, manifestations et expériences démocratiques. Leurs bureaux faisaient office de salles de réunion et de symboles d'appartenance, des lieux où les citoyens se rassemblaient pour débattre d'un avenir qui n'est jamais arrivé tout à fait comme promis. Pour les partisans de la junte, cette époque est devenue synonyme de fragmentation et de distraction à un moment où la violence armée et l'instabilité territoriale exigeaient concentration et discipline.
Depuis le coup d'État militaire en 2022, l'espace civique s'est progressivement rétréci. Les activités des partis ont d'abord été suspendues, puis marginalisées, et maintenant complètement effacées. Les lois régissant l'organisation politique ont été abrogées, et les rituels familiers des rassemblements, des plateformes et des campagnes ont été remplacés par une vision centralisée de l'autorité. Dans le langage officiel, cela est décrit comme une transition — une pause nécessaire avant le renouveau. En pratique, cela laisse des questions sans réponse sur la manière dont les citoyens participeront à la prise de décisions qui affectent leur vie quotidienne.
L'absence n'est pas immédiatement dramatique. Il n'y a pas de barricades autour des bureaux des partis, pas de foules envahissant les rues. Au lieu de cela, il y a un vide plus subtil : des portes verrouillées, des panneaux qui s'effacent, et des conversations qui ne mènent plus nulle part d'officiel. Dans un pays où la politique a souvent été turbulente et inachevée, l'interdiction marque un tournant décisif loin du pluralisme vers un modèle où l'ordre précède le choix.
Alors que le Burkina Faso continue de faire face à la violence, au déplacement et à la pression économique, la disparition des partis politiques redéfinit non seulement la gouvernance mais aussi l'imagination elle-même. Sans opposition organisée ni débat formel, l'avenir est porté par moins de voix, avançant le long de chemins plus étroits. Les rues restent animées, les jours continuent, mais le silence laissé par les partis dissous persiste — un rappel que le pouvoir peut être bruyant dans son arrivée, et silencieux dans ce qu'il enlève.
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Sources Reuters Associated Press Al Jazeera BBC News

