En Libye, le temps a une manière de se replier sur lui-même. Les rues portent encore le poids de conversations inachevées, et les bâtiments retiennent leur souffle sous des couches de poussière et de mémoire. Les soirées arrivent lentement, la lumière adoucissant les cicatrices plutôt que de les effacer. Plus d'une décennie après la chute de Mouammar Kadhafi, le passé continue de refaire surface - non pas comme un spectacle, mais comme une présence non résolue.
Cette semaine, les procureurs libyens ont annoncé l'ouverture d'une enquête sur le meurtre de Seif al-Islam Gaddafi, le fils de l'ancien dirigeant et autrefois l'héritier le plus visible d'un régime en décomposition. Cette initiative remonte aux jours chaotiques de 2011, lorsque l'insurrection libyenne a atteint sa conclusion violente et que les lignes entre justice, vengeance et survie se sont brouillées presque au-delà de toute reconnaissance.
Seif al-Islam occupait une place inhabituelle dans l'imaginaire politique libyen. Éduqué à l'étranger et présenté autrefois comme une figure réformatrice, il est ensuite devenu un défenseur central du règne de son père alors que les manifestations se propageaient. Lorsque le régime est tombé, sa capture et sa mort présumée sont devenues des symboles d'une époque se terminant abruptement, sans les rituels formels de la loi ou de la responsabilité qui accompagnent souvent les transitions politiques.
La nouvelle enquête vise à clarifier des circonstances qui existent depuis longtemps en fragments - des rapports contradictoires, des témoignages oculaires façonnés par la peur, et l'absence d'une autorité judiciaire unifiée pendant les années de division de la Libye. Les procureurs affirment que l'enquête examinera qui était responsable, comment les événements se sont déroulés, et si le meurtre a violé la loi libyenne. Il s'agit d'une enquête moins sur la réécriture de l'histoire que sur la mise en place de limites autour de celle-ci.
Le système judiciaire libyen a du mal à s'affirmer au milieu de gouvernements concurrents, de milices et d'alliances changeantes. Les enquêtes sur les crimes passés ont souvent stagné, dépassées par des préoccupations de sécurité immédiates ou un blocage politique. Pourtant, la décision de revisiter une affaire si étroitement liée à la rupture définissante du pays suggère une tentative, aussi timide soit-elle, de reprendre le langage de la loi face au bruit du conflit.
Pour certains Libyens, l'annonce peut rouvrir des blessures qui ne se sont jamais complètement refermées. Pour d'autres, elle représente une rare reconnaissance que même les moments nés de la révolution ne sont pas au-delà de l'examen. La responsabilité, dans ce contexte, n'est pas présentée comme une réconciliation, mais comme un enregistrement - un effort pour remplacer la rumeur par des conclusions, et le silence par de la documentation.
Ce qui est certain est modeste et concret : les procureurs ont ouvert une enquête formelle sur le meurtre de Seif al-Islam Gaddafi. Que cela progresse ou stagne dépendra de la volonté politique, de la force institutionnelle et de l'équilibre fragile des pouvoirs qui définit encore le présent de la Libye.
Alors que la nuit s'installe sur Tripoli et d'autres villes façonnées par le long après-coup de 2011, le passé reste proche. L'enquête ne promet pas de clôture. Elle offre quelque chose de plus silencieux - un signal que l'histoire, même lorsqu'elle est violente et non résolue, peut encore être appelée à rendre des comptes.

