Le long de la bordure sud du Liban, la terre se souvient des saisons mieux que des frontières. Les oliviers se courbent avec l'âge, les champs suivent des contours plus anciens que la politique, et l'agriculture est moins une occupation qu'une continuité. Au cours des dernières semaines, cette continuité a été interrompue non par des bombardements ou des incendies, mais par quelque chose de plus silencieux — une brume se posant sur les cultures, portée par le vent et l'accusation.
Les autorités libanaises et les agriculteurs locaux ont accusé Israël de pulvériser des herbicides le long de la région frontalière, alléguant que les produits chimiques dérivaient vers des terres agricoles et endommageaient les cultures dans plusieurs villages. La substance au centre des allégations est liée par des agences de santé internationales à des risques accrus de cancer, soulevant des inquiétudes quant à l'impact qui pourrait s'étendre bien au-delà d'une seule récolte.
Selon des rapports du terrain, la pulvérisation a eu lieu pendant des périodes de culture active, lorsque les champs étaient verts et les moyens de subsistance exposés. Les agriculteurs décrivent des feuilles jaunissant en quelques jours, des plantes se flétrissant de manière inégale, et un sol montrant des signes de stress chimique. Pour des communautés déjà éprouvées par la crise économique et l'instabilité régionale, les dommages aggravent la vulnérabilité existante, transformant les terres agricoles en un autre site d'incertitude.
Israël a précédemment reconnu avoir utilisé des herbicides le long des zones frontalières, décrivant cette pratique comme une mesure de sécurité destinée à maintenir la visibilité près des clôtures. Les critiques soutiennent que de telles justifications ne font guère pour remédier à l'asymétrie des conséquences. Les produits chimiques ne s'arrêtent pas aux clôtures, et les zones agricoles du côté libanais sont suffisamment proches pour que même une pulvérisation contrôlée risque une propagation involontaire. Dans une région où les vents changent rapidement, l'intention offre une protection limitée.
Les experts environnementaux avertissent qu'une exposition répétée à certains herbicides peut dégrader la qualité du sol, contaminer les sources d'eau et poser des risques pour la santé à long terme pour les populations voisines. Contrairement à la violence soudaine, les dommages chimiques se déroulent lentement, révélant souvent leur coût total des années plus tard. L'absence de spectacle immédiat rend la responsabilité plus difficile, même si le préjudice s'installe discrètement.
Pour les agriculteurs du sud du Liban, la question n'est pas seulement environnementale mais existentielle. Les cultures représentent un revenu, un héritage et une survie. Lorsque les champs échouent, il y a peu d'alternatives qui attendent. La peur n'est pas seulement celle d'une saison perdue, mais d'une terre devenue peu fiable — productive une année, empoisonnée la suivante, suspendue dans l'incertitude.
Dans les régions frontalières, le pouvoir est souvent mesuré par ce qui traverse l'invisible. Cette fois, ce n'étaient pas des soldats ou des armes, mais des particules dans l'air. Et alors que les enquêtes et les dénégations se déroulent à des niveaux supérieurs, les champs restent en dessous, absorbant des conséquences qu'aucune déclaration ne peut facilement inverser.
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Sources Reuters Agence France-Presse Ministère libanais de l'Agriculture Organisation mondiale de la santé Rapports sur la santé environnementale provenant d'ONG régionales

